« Situation toujours plus préoccupante de l’Esplanade de l’Avenir – demande réitérée de mise en place d’un commissariat ou “point police”  » 

Conseil communal du 19 juin 2017

 

Au départ, cette demande d’interpellation m’est venue sur un coup de tête et même sur un coup de “colère”. 

Sur les cinq jours qui ont précédé cette demande, j’ai personnellement assisté sur l’Esplanade de l’Avenir à trois échauffourées qui auraient pu avoir des conséquences bien plus graves que quelques hématomes par ci par là. L’utilisation d’objets contondants était plus que dans l’air.

Mardi dernier, le 13, j’apprends encore que, la veille, une bagarre rangée a de nouveau éclaté vers 21h entre une grosse dizaine de personnes. Et que quelques jours plus tôt, une dame âgée a été agressée pour lui voler son sac. Dans le même temps, je me rends compte que le bancontact de la rue de la Banque a été fracassé. Bien évidemment sans succès.

Cette ambiance négative, agressive, anxiogène, posent à mon sens au moins trois problèmes :

1. L’Esplanade de l’Avenir, avec la place Kuborn et la rue Cokerill, c’est précisément LÀ où nous mettons tous nos efforts – et l’argent public, qu’il soit européen, régional ou communal – pour en FAIRE LE NOUVEAU CENTRE DE NOTRE VILLE. Que dis-je ? Pour AVOIR ENFIN un centre-ville dans notre ville de près de 65 000 habitants.

Il n’y a aucun doute, tant qu’on n’y améliorera pas l’ambiance générale, nous pourrons danser sur nos têtes pour y attirer un peu de classe moyenne, pour en faire un lieu de mixité sociale, d’attraction, un lieu de vie appréciable, recherché. Et je ne parle même pas de l’état d’esprit des commerçants et des riverains ! Ils sont tellement lassés qu’ils ne jugent plus utile de prévenir la police…

Mais je voudrais insister sur leur colère, leurs inquiétudes et leur désabusement. Précisément là où nous sommes censés bâtir au plus tôt notre centre-Ville…

On me répondra qu’il faut être patient, que dans les années qui viennent les choses s’amélioreront d’elles-mêmes via notre stratégie urbanistique. Je ne partage pas, je ne partage plus cet optimisme. Tant que cette violence exprimée ou latente perdurera, je crains fort que nous n’arriverons pas à attirer des investisseurs privés, petits ou grands. Que tous nos efforts soient largement freinés.

2. Pour le dire platement, quand les faits ne concernent pas ce que l’on appelle des « belges d’origine » – ce qui arrive également bien entendu ! – il est inévitable que cela déclanche des réactions d’amalgames. Des amalgames inquiétants contre l’ensemble de certaines communautés étrangères. Alors qu’il est établi que la grande majorité des membres de ces communautés vivent paisiblement, tachant au mieux de s’intégrer au mieux dans notre pays. Avec toutes les difficultés objectives qu’ils rencontrent. Dans leur grande majorité, ces populations déracinées s’emploient à respecter nos lois et nos coutumes. Comme toujours, on ne met en avant que l’écume – pas le fond – on n’évoque que les excès d’une minorité. Pourquoi parler des 95 % de personnes qui ne posent aucun problème ? A la limite ça n’a aucun intérêt ! Il est nettement plus spectaculaire de parler d’une minorité à la dérive…

Pour ceux qui veulent bien analyser le phénomène en profondeur, les causes profondes sont sociales, économiques et même… géopolitiques.

Lorsqu’on balance des milliers de tonnes de bombes dans certains pays qui n’ont plus rien d’exotiques, il ne faut pas s’attendre que cela se fasse sans dégâts. Et nos pays industrialisés sont les premiers à leur vendre des armes pour perpétuer le chaos. Ou du moins on ferme les yeux sur certains trafics qui enrichissent nombre d’intermédiaires. En général bien blancs, bien propres sur eux, dans leurs luxueuses villas. Avec des dictateurs sans nom, on parle exportations et importations, et exploitation. On pille sans vergogne les matières premières de pays que l’on contribue à déstabiliser, à faire bouillir la marmite qui fini – ou finira – par exploser.

Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Et riches, très riches.

Quant aux citoyens de ces pays bombardés ou mis sous coupe, dévalisés, ce sont les plus courageux, en général, les plus audacieux qui se décident à fuir ces conditions de vie dont nous sommes même incapables de concevoir dans leur pleine réalité. Nous mêmes, n’aurions nous pas tenté de traverser la Méditerranée sur des rafiots pourris pour protéger notre famille, pour fuir une vie infernale et sans lendemains ? Moi si !!!

3. Troisièmement enfin. Il finira bien par avoir des conséquences en termes de gravité, de blessures graves voire pire. C’est inéluctable, nous le savons.

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Voilà pour les conséquences qui me sautent aux yeux.

Ceci étant exposé, pas d’angélisme non plus. Ces personnes à la dérives, belges ou non, doivent être sanctionnées si la prévention n’a pas de prises sur elle. Certains comportements sont inacceptables et doivent être sanctionné. La sécurité des citoyens doit être leur première liberté.

Mais comme à Ecolo nous ne sommes pas de furieux répressifs, nous tâchons d’aller vers les solutions. Nous le reconnaissons, soyons censés, personne n’a de solutions miracles, ni au niveau local, ni aux échelons supérieurs. Sinon ça se saurait.

Vous le savez, je plaide depuis des années – avec Ecolo et bien des riverains – pour l’implantation d’un poste de police directement sur l’Esplanade de l’Avenir. Car non, soyons sérieux, l’implantation du commissariat central à Jemeppe, à 800 mètres, de l’autre côté du pont de Seraing, ne réglera pas le problème.

Sur l’Esplanade de l’Avenir, ce ne sont pas les espaces potentiels d’implantation qui manquent.

Bien sûr, cette décision impliquerait, a priori, la mobilisation d’au moins six hommes (2 x 3 tranches de 8 heures) si l’on veut être véritablement efficace. Et vous me direz, Monsieur le bourgmestre, que vu les heures de récupération et les agents en maladie, il faut encore multiplier par deux. Soit douze hommes ou femmes. Et bien soit ! Douze hommes ou femmes, après tout, ne font jamais, sur un total d’un peu plus de 200 agents, que 6 % de nos effectifs. Sincèrement ? Et bien, sur un lieu aussi stratégique tant pour notre futur que pour notre réputation, 6 % ça ne me paraît pas excessif. Dans le même temps, des pistes préventives et repressives doivent être imaginées ou renforcées. Nous pensons notamment ici à :

– le renforcement des animateurs de quartier ;

– la mise en place des projets positifs avec certains “groupes cibles” ;

– l’identification de “grands frères”

– l’attention particulière aux débuts de mois (plus d’argent à dépenser)

– l’implantation permanente de policiers de quartier (ouais, je sais… fric… Mais !).

Car ce sont EUX qui connaissent vraiment la situation sur terrain, qui peuvent réaliser la meilleure prévention, les mises en garde. Et puis relayer les informations récoltées au commissariat central ;

– l’établissement et le suivi des statistiques sur plusieurs années, de manière à percevoir les effets ou non des politiques menées, de les réorienter (peut-être est-ce déjà réalisé, mais suffisamment?) ;

– l’interdiction de la fréquentation des lieux après plusieurs incartades (évidemment pas possible pour habitants proches) ;

– la limitation, en période de crise, de rassemblements de personnes fixées à ce que la direction de la notre police jugera nécessaire, avec horaires précis, limité dans le temps ;

– l’application des amendes administratives ;

Il me revient également que l’un des problèmes est l’importance aujourd’hui, dans toutes les zones de police du royaume, de « faire du chiffre”. 2 policiers dans une voiture en planque, qui analyse la situation, qui prend du recul pour mener des politiques adaptées, ça n’arrête personne, ça ne fait pas du chiffre.

Fondamentalement, la “réorganisation” de notre ville ne nécessite t-elle pas de repenser l’organisation globale de notre police ?

Du coup, cela demandera une réflexion nouvelle, à la hauteur de nos ambitions pour le bas de Seraing, sur la répartition, la réorganisation de nos services de police sur l’ensemble de la Ville. Mais cette réflexion n’est-elle pas de toute manière imposée par notre volonté de bâtir le Seraing de demain ? A Ville nouvelle, police nouvelle. Et cela ne peut se réduire à un « simple » déménagement des Biens-Communaux vers l’une des futures tours de l’entrée de Ville.

C’est décidé, nous allons vers la création d’activités importantes dans le bas d’Ougrée, l’arrêt de la ligne 125A, la résurrection souhaitée des Ateliers centraux, et puis les salles de l’OM, aussi !

Je me répète, A Ville nouvelle, police nouvelle.

M. le Bourgmestre, M. le Chef de corps, chers collègues, je pense que vous ne me ferez pas – ainsi qu’au Groupe Ecolo – le procès d’une intervention « populiste ». La situation est réellement préoccupante. Le succès de notre Cité de demain passe par l’Esplanade de l’Avenir.

Je vous remercie.

Jean Thiel

Chef de groupe Ecolo au Conseil communal de Seraing – 0496 521262